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L’Union européenne guérie de son ankylose en matière de défense ? Le conseil européen de Göteborg qui s’est tenu les
15 et 16 Frédéric Ramel, CLESID La construction européenne est souvent comparée à la danse d’Echternach, deux sauts en avant, un saut en arrière. Dans le domaine de la politique européenne de sécurité et de défense, cette danse se confond parfois à du sur place comme on a pu le constater en Bosnie. Cependant, les États membres de l’Union tentent d’adopter un nouveau tempo qui accélère le largo ambiant depuis l’échec de la Communauté européenne de Défense dans les années 50. L’une des manifestations de ce bouleversement réside dans la disparition officielle de l’Union de l’Europe occidentale, qui cède définitivement la place aux institutions communautaires de la PESC issues de Maastricht. Plusieurs facteurs expliquent un tel basculement des mentalités. Tout d’abord, la position de Tony Blair modifie le regard insulaire des Britanniques sur le continent. La déclaration de Saint-Malo en 1998 avait d’ores et déjà insufflé une orientation inédite en liant les intérêts vitaux britanniques et français. En fait, le Royaume-Uni ne peut que rejoindre progressivement l’Europe face à la concurrence américaine des nouvelles technologies. L'effet Kosovo joue également à plein. Depuis cet épisode majeur, les membres de l’Union reconnaissent leur apathie et surtout leur suivisme américain : ce qui stimule une énergie en faveur d’une spécificité européenne en matière de défense. Le comportement des États neutres constitue le troisième facteur déterminant. Ces acteurs s’ouvrent à l’éventualité d’une intervention fondée sur la reconnaissance des instruments non militaires tels que l’action humanitaire ou l’aide aux réfugiés. Enfin, la France, qui a assumé la dernière présidence du conseil européen, a souhaité marquer son passage lors du sommet de Nice de décembre dernier, lequel a entériné le rapport Solana. En effet, celui-ci insiste sur la nécessité de doter l’Union d’une capacité globale de gestion de crise et de prévention des conflits et complète, par là, le dispositif initié à Helsinki (décembre 1999) et Feira (juin 2000) concernant la création d’un corps militaire de réaction rapide. Ce corps sera composé d’un réservoir de plus de 60 000 hommes, 400 avions de combat et 100 bâtiments de marine. A Göteborg, la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) ne constitue pas l’objet central des négociations. La présidence suédoise a préféré mettre l’accent sur les trois E (élargissement, environnement et emploi). Cependant, le gouvernement suédois a voulu apporter sa contribution en livrant un rapport sur la PESD témoignent d’un fort recentrage sur la dimension civile. Adopté par le Conseil européen, le rapport du Premier ministre G. Persson permet de saisir les avancées de l’Union. Il souligne tout d’abord le renforcement du dispositif depuis janvier dernier avec l’établissement de plusieurs structures permanentes, dont le Comité politique et sécurité, le Comité militaire (chargé de conseiller ce dernier) et un état-major de 100 officiers. Il propose également de nouveaux objectifs concrets d’ici 2003, notamment la mise en place d’un groupe d’experts au sein des administrations civiles lors de gestion de crises et surtout, l’appel à 2000 personnes dans le domaine de la protection civile. Toutes ces mesures sont examinées par les États membres et ont pour finalité de vivifier les structures civiles d’intervention et de compléter les ressources actuelles de services de sauvetage par des éléments judiciaires et administratifs. Enfin, cherchant à renforcer la réflexion et l’engagement de l’Union dans le domaine de l’anticipation des crises, la présidence tient à l’effectivité d’un programme européen pour la prévention des conflits violents. Complément naturel à la déclaration finale du Conseil de Göteborg qui insiste sur les moyens d’améliorer la coopération avec l’ONU, ce programme correspond à une plate-forme qui épouse dans une large mesure les tendances repérables au sein de l’organisation universelle, comme les liens entre réhabilitation, développement et consolidation de la paix. Outre la nécessité de définir des priorités politiques claires lors de toute crise donnant lieu à intervention, le programme énonce les divers instruments à la disposition de l’Union allant de la coopération et du développement directs à l’utilisation d’organisations régionales telles que l’OSCE. Ainsi, l’avancée principale de la présidence suédoise réside dans l’approfondissement des moyens civils de l’intervention et surtout dans le traitement du dossier « prévention des conflits » et ce, dans le prolongement de la tradition scandinave concernant les questions de la paix. Toutefois, aucune percée significative ne pointe à l’horizon. Qui plus est, des limites apparaissent. La première porte sur l’articulation des nouvelles ressources avec celles de l’OTAN. En ce qui concerne la force de réaction rapide, deux lectures s’opposent : celle des pro-atlantistes, menés notamment par la Grande-Bretagne qui refusent de doublonner ou d’affaiblir l’alliance, et celle des Européanistes tirés par la France, écartant la subordination politique des nouvelles structures au profit d’un meilleur partage des rôles. Or, aujourd’hui, on peut s’interroger sur la validité de l’option dégagée à Nice et renforcée à Göteborg en raison de deux facteurs déstabilisants : d’une part, le référendum irlandais qui a abouti à la non-ratification du traité de Nice et d’autre part, la position du nouveau gouvernement italien dirigé par S. Berlusconi, lequel vise avant tout à rassurer les États-Unis et à souligner, dans cette perspective, que l’Europe n’a aucune intention de se rendre autonome dans le domaine de la défense. La seconde limite tient à la réaction américaine. Lors du Sommet Union européenne - États-Unis qui précéda la rencontre de Göteborg, G. Bush reconnut implicitement les dispositions du traité de Nice puisqu’il est prêt à accepter des opérations militaires de l’Union là où l’OTAN n’est pas engagée. Toutefois, il convient de relativiser cet aspect dans le sens où toute action devra être coordonnée, compatible et transparente et qu’en dernier ressort, l’Union ne pourra intervenir qu’à la condition que l’OTAN choisisse de ne pas mener d’intervention. La troisième et dernière limite réside dans la préservation des intérêts étatiques, qui risque de freiner le dessein collectif. Chaque État ou plutôt chaque catégorie d’États (petits, moyens ou grands) souhaite imprimer sa façon de concevoir les procédures appropriées ainsi que les objectifs arrêtés afin de bénéficier au premier chef de l’Europe de la défense. De fortes réticences apparaissent bien que le discours est à l’action et à la nécessité d’envisager un rôle international d’envergure pour l’Union. L’un des indicateurs de ces réticences correspond à l’engagement budgétaire. Tant que celui-ci ne se traduira pas par des faits, l’Europe de la défense ne sera qu’un vain mot. Après Nice, le conseil européen de Göteborg reflète à nouveau une volonté européenne de ne plus être ankylosée dans le domaine stratégique. Mais des questions demeurent : les mesures prises feront-elles la différence? En dotant l’Union européenne d’une Constitution mais également d’une autonomie militaire en tant qu’acteur international, le nouveau traité sur l’Union qui devrait être signé en 2004 dépassera-t-il ces limites? Quand les États reconnaîtront-ils la nécessité de transcender ce qu’ils sont afin de concevoir l’impact réel de leur union dans le monde de l’après-guerre froide? A travers la construction d’une Europe de la défense, il ne s’agit pas de nier les spécificités de chaque État membre mais plutôt de reconnaître une responsabilité au cœur d’un système international en pleine transformation. Le chemin est long du projet à la chose mais les Européens sont bel et bien sur cette voie. Copyright © 2004-2007 - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense (CLESID) Nous contacter par courrier électronique: clesid@univ-lyon3.fr - Mentions légales |